browser icon
You are using an insecure version of your web browser. Please update your browser!
Using an outdated browser makes your computer unsafe. For a safer, faster, more enjoyable user experience, please update your browser today or try a newer browser.

Conte de Noël

Noël 1998 : Anne-Laure venait d’avoir 5 ans  une quinzaine de jours plus tôt.  Cette année là, ses grands parents avaient été particulièrement généreux et nous décidâmes de mettre la plus grande partie de ses étrennes sur un compte d’épargne à son nom …  Lors de la soirée du Réveillon, mon esprit quelque peu embrumé par les excès gastronomiques, commença à vagabonder et à divaguer sur les conséquences terribles de cet évènement :

L’année suivante, ce n’était plus un compte sur livret , mais un un compte Bourse qui nous ouvrions avec de premiers investissements en actions et obligations. Je commençais à expliquer à ma petite fille de six ans les avantages et les risques des différents placements.  Curieusement, elle  semblait très  intéressée par mes explications malgré son jeune age. Elle ne cessait de me poser des questions sur les entreprises qui pourraient être ses prochaines cibles. Je tentais d’y répondre avec un certain aplomb,  bon sens pratique et maigres connaissances  ! Elle développa néanmoins  une sorte d’expertise mêlée d’une intuition souvent payante ! Bien sur, ses investissements ne furent pas à chaque fois des « Austerlitz » : elle eut aussi son petit lot de « Berrezina » financières mais juste ce qu’il fallait pour la mettre en garde. Chaque échec stimulait son appétit de reconquête, : il lui fallait récupérer 3 fois la mise perdue pour considérer la page tournée.

A sept ans  , après lui avoir donné libre accès sur un compte Bourse via internet, elle commença à faire ses premieres emplètes sans même me demander conseil. Elle triomphait lorsque qu’elle pouvait m’annoncer tous les quatre mois avoir doublé son capital. A ce moment : je ne savais plus si elle le faisait par jeu ou pour me plaire ! Elle semblait toujours en manque d’information sur ses futures proies : il lui fallait tout maitriser. Petit à petit , elle perdait son innocence : chacune  de ses phrases révelaient son sens aigu de l’anticipation, de l’organisation, de l’action. Pour ses anniversaires suivants, elle nous demanda des abonnements à des revues financières. C’est à ce moment que Françoise voulut tout arrêter  car il lui semblait que sa fille lui échappait complètement, que son enfance était dilapidée pour des chimères financières, pour une sorte de jeu d’adulte froid et cynique. De mon coté, sans doute trop fier de voir les premiers pas d’un petit « Mozart » de la finance, je trouvais tous les arguments (même les plus fallacieux) pour continuer dans la direction que ma fille et moi nous étions fixée implicitement.

A l’adolescence, pendant que ses camarades de collège commençaient leur premiers  jeux de séduction réciproque, elle plaçait sa petite fortune dans des « start-up » prometteuses, décuplant par la suite son trésor de guerre ! De ces années de formidable réussite, pas un seul « être » ne pu retenir  son attention ! Bien sur , elle commençait bien à entrevoir que le monde de la finance qui l’entourait était cupide, calculateur, hypocrite ou matérialiste. Elle se croyait pourtant intouchable car ne faisant pas partie de ce monde masculin.  En fait, grisée par le pouvoir, elle ne voyait pas qu’elle avait complètement rompu les amarres avec l’humanité.

Arrivée à l’age adulte, laissant derrière elle les années flamboyantes, elle s’enticha d’un producteur médiocre de films  dont elle finança les piètres œuvres. Déçue une fois de plus par les hommes, dévastée par cette spirale infernale que peut être la vie, elle se refermera sur elle-même, abandonnant les amis qu’elle n’a jamais eu.

Alors un jour d’automne, là haut dans son loft immense et froid, celui qui jadis faisait rêver le tout Paris, et après un ultime verre de trop, elle daigna ouvrir la porte des souvenirs . Dans un de ces moments pathétiques ou les paupières se mettent à trembler en laissant échapper un mince voile de larmes, elle se souvint de ses parents, du modeste foyer familial. Le flot de ces instants passés la submergea pour la première fois, elle qui était pourtant  si forte , si impériale dans les affaires. Elle se remémora cette petite cuisine familiale, toute blanche , toute simple, trop simple  .. où sa maman dévouée préparait la soupe quotidienne faite en partie des restes de la veille . Ah , combien de fois avait-elle refusée de la manger cette maigre soupe ! A ce moment là, il lui sembla que cette soupe lui aurait été le meilleur remède pour ne pas sombrer dans la folie. Elle écarquilla les yeux un peu plus afin de plonger au plus profond de sa mémoire : là, elle vit comme une apparition le chat de son enfance ; elle soupira désespérée  » et toi Capuçin , qu’es tu devenu ? »